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Parce que je sais très bien ce que veut dire, comparer sans cesse son corps à ceux des autres. (J’en ai eu fais une obsession), en publiant cet article, je vous dévoile mes blessures, mes complexes, et comment j’en sors au fur et à mesure du temps.  Je ne prétends pas que ce soit toujours simple… Mais je veux vous montrer qu’il est possible de se réaliser dans ce métier sans correspondre entièrement aux critères: j’en suis la preuve vivante. A travers cette lettre à mon corps, je vous explique par quelles phases je suis passée psychologiquement, et où j’en suis maintenant.

Si certains ou certaines d’entre vous font la guerre à leurs corps (comme j’ai pu le faire), se font subir des régimes à outrance, ou sont tellement obsédés par une forme “parfaite” qu’ils en sont à se mettre en danger ( je n’ai jamais été dans ce cas là mais je peux comprendre, comment quelques un(e)s en arrivent aux troubles alimentaires tels que l’anorexie, boulimie etc…), je souhaite vous montrer que oui, notre métier de danseur nous demande beaucoup sur notre apparence, nos capacités physiques , et notre image… Mais je pense qu’être danseur professionnel, ne vaut le coup que si nous sommes en bonne santé et conscients de nos atouts et faiblesses.  

Ce qui rend la danse belle, ce sont nos différences. 

Si grâce à cette lettre, même une seule personne se sent mieux à la fin de la lecture alors je considérerai cela comme une victoire.  Je vous embrasse les biches, la santé et le bonheur donc sur vous!

 

Cher Corps,

En cette fin d’année, Il me semblait important de t’écrire… Mieux: je crois que le temps est venu de te déclarer ma flamme.

Lorsqu’on a commencé la danse toi et moi, nous étions enfants: 5 ans. A cet âge, on ne réfléchit pas: on vit et on danse. Point. La danse est devenue de plus en plus présente dans nos vies, et à nos 9 ans, j’ai décidé de devenir danseuse pro. Tout allait encore bien entre nous.

Mais les choses se sont compliquées vers 11 ans.

Nous avons passé le concours d’entrée à l’école de l’Opéra de Paris. Elisabeth Platel, que nous avions rencontré en stage un peu avant, et qui nous aimait bien, n’était pas encore directrice.  C’était Madame Bessy qui prenait les décisions.

Sa voix a résonné longtemps en nous. “J’ai peur qu’elle prenne 1kg” a t-elle dit à Madame Platel.

C’était à l’examen physique, la 1ere étape de l’audition, où toi, mon corps, tu as été examiné sous toutes tes coutures… Apres qu’on ait testé ta souplesse, la cambrure des pieds, l’ouverture de hanches etc… Cette phrase, dite à la fin de tout cet examen, nous a suivi longtemps…  Et a commencé à me créer un complexe, (oui, à 11ans ) à me séparer de toi..

 Je sais qu’a partir de ce moment là, je n’ai pas été tendre avec toi… Même parfois, je me rappelle, je t’ai détesté.  “Mais pourquoi es-tu comme ça? ” .

photo Elina L.

Tant de choses que tu gèrais dont je n’avais même pas conscience… A la puberté par exemple, je t’en demandais beaucoup. Alors que tu grandissais, passant d’un corps de jeune fille à un corps de femme, je ne t’acceptais pas …

 Je n’aimais pas l’image (complètement fausse maintenant que je nous revois en photo à cette époque la!) que je voyais dans le miroir.

Toi, mon corps, tu ne m’as jamais lâché. 

 Tu as donc tranquillement continué ton chemin. Et malgré les moments où je doutais de toi,  tu m’as accompagné, même lorsque j’étais fatiguée. Tu as progressé…  

Mon corps, tu savais mieux que moi… tu savais avant moi. 

Alors qu’en disant tout cela on pourrait croire que la danse nous a divisé, en fait, la danse nous a rapproché.

Grâce à cet art, discipline, (et maintenant métier!),  je t’ai apprivoisé. J’ai appris à te comprendre.  Et je continue encore chaque jour…

Maintenant, je sais que nous avons finalement eu une chance inouïe de ne pas aller à l’école de l’Opéra.  Grâce à “cette peur de prendre 1kg”, nous avons finalement grandi avec notre famille et nous avons eu des sublimes professeurs, une “autre” éducation, qui m’a permis de vraiment avoir conscience de qui tu es pour moi.  

 Tu me permets de danser. P*tain!

Parce que malgré les “standards”  physiques que le métier (ou nous, les gens du métier?) de danseur impose, nous avons continué. Et nous sommes devenus des partenaires. J’ai appris à t’écouter, et à te permettre de te dépasser… toujours.

Photo Sarah D.

 Parfois, je reviens à ce travers qui est de comparer ta forme à “l’image” du corps d’une danseuse … “Pourquoi mes hanches sont larges? Pour quoi mes épaules sont ainsi? etc”. Mais je me rends compte toujours au final:

 Oui, nous ne ressemblons effectivement pas à la “Danseuse ” classique longiligne et fine, qui existe et est très belle aussi (lorsque c’est naturel et que son corps est en bonne santé).  Ce n’est juste pas nous, çà.

Je suis tellement heureuse que cette “différence”, devienne jour après jour notre force ! Et nous permet de vivre toutes ces magnifiques expériences de danseuse freelance telle que nous sommes! 

 

Alors, en cette fin d’année, Je voulais donc te dire…

Merci.

Merci d’être comme tu es: c’est à dire unique.  Dans ce si beau (et parfois compliqué) métier qu’est être danseuse pro, dans lequel nous nous investissons à fond depuis 2009, tu es mon plus fidèle compagnon de route.  C’est grâce à toi que je peux m’exprimer pleinement. 

 Je nous souhaite donc tout le meilleur ensemble. Que nous continuions à apprendre l’un de l’autre. Dans les moments de doute comme dans les moments de bonheur. 

À toutes nos futures années à venir. A toutes nos prochaines aventures de danse ensemble.

Je t’aime mon corps.

Hilda. Charlotte.

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