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Par cette lettre ouverte des danseuses et danseurs , ce n’est pas seulement ma voix que je partage. Ce sont LES voix à  l’unisson des danseuses et danseurs qui ont envie de faire changer les choses. Et je suis fière que cela se produise ici.  Le 15 juin 2018 se tenait au cent-quatre, l’audition sur convocation, de la Compagnie Eco, dirigée par Emilio Calcagno. Le projet réunit quatre chorégraphes, Emilio Calcagno, Kaori Ito, Anthony Egea, Kettly Noël. Quatre postes sont à pourvoir : 2 hommes, 2 femmes. Malheureusement, l’audition pour ce projet, s’est mal passée. Ici, c’est un Nous, danseuses et danseurs, qui parlons aujourd’hui. Afin de dire à cœur ouvert, ce que nous ressentons tout bas. Nous avons décidé de ne pas garder pour nous ce qui s’est passé, afin d’apporter une vraie réflexion sur notre métier, et les conditions problématiques de certaines auditions.


A l’attention du Ministère de la Culture, de la compagnie ECO, des chorégraphes Emilio Calcagno, Kettly Noel, Antony Egea, Kaori Ito, de l’établissement Le cent-quatre, du Centre National de la Danse, ainsi qu’à toutes et tous, actrices et acteurs de notre métier, danseuses, danseurs, chorégraphes, assistantes et assistants chorégraphes, directrices, directeurs de compagnies, productions, administratrices, administrateurs, directrices et directeurs de théatres, metteuses et metteurs en scène…

La fois de trop. Telle a été votre audition. Sera t-elle la dernière à se passer ainsi ?

Nous sommes danseuses et danseurs free-lance. Sélectionnés, après envoi de nos candidatures et vidéos spécifiquement demandées, puis convoqués à votre audition se déroulant à Paris, nous nous sommes déplacés depuis Paris, mais aussi de toute la France, d’Angleterre, de Suisse, d’Allemagne… Nous avons payé, avions, trains, trajets, hôtels et frais annexes pour être présents devant vous en ce 15 juin 2018.

Votre audition a eu lieu au cent-quatre : l’espace idéal lorsque nous n’avons pas de budget pour nos entraînements ou répétitions de futurs projets, puisque libre d’accès, et ouvert à tous.

Bien que ce lieu soit l’un de vos partenaires, une première incohérence nous frappe.

L’audition de votre projet, destiné à la scène, se déroule dans les grands espaces du cent-quatre sur ce sol en béton. Pourquoi ce choix alors que des studios de répétitions existent là-bas ?

Un autre problème s’impose à nous. Nous venons auditionner pour un projet de création réunissant quatre chorégraphes différents. Quatre postes sont à pourvoir, un poste par chorégraphe. Quelle surprise alors lorsque, nous nous retrouvons face à seulement deux chorégraphes, pour le premier groupe de danseurs postulants le matin, et trois pour le deuxième. Cela veut-il dire que les chorégraphes manquants ont déjà trouvé la personne qu’ils souhaitaient ? Resterait-il donc seulement deux ou trois places à pourvoir ? Aucune explication ne nous est fournie.

  Nous n’avons pas encore dansé que, nous nous trouvons d’ores et déjà en porte-à-faux.

Puis, l’audition commence. Vous nous racontez brièvement l’idée de l’audition.

« On va vous apprendre une phrase chorégraphique, très courte, et puis on va très vite écrémer, on parlera plus en détail du projet plus tard ».

Avant même de danser et d’auditionner devant vous, être comparés à du lait que l’on écrème, donne vraiment le ton de votre considération à notre égard. Et cela ne fait que commencer.

 Nous nous rendons donc compte de la triste situation. Vous ne nous portez aucune considération.

Ajoutons donc à cela :

  • les phrases entendues par le deuxième groupe de danseurs lors de leur essai d’échauffement dans un lieu public, comme « vous ne pouvez pas rester là, vous gênez le passage » par un employé en charge de l’accueil des visiteurs
  • votre agacement, et votre pointe de condescendance lorsque vous vous adressez à nous
  • Alors que confirmé avec votre équipe en amont, certaines personnes ayant indiqué leur participation seulement au deuxième jour d’audition, et donc engagés des frais pour leurs déplacement, se sont retrouvés le jour J, à seulement observer celle-ci, car l’équipe artistique n’avait apparemment pas été informé de leur présence.

Nous avons des prénoms.

Centrés sur votre projet, vous semblez oublier ici que nous ne sommes pas des pions. Laissez-nous donc vous rappeler que nous sommes vos collaborateurs.

Nous venons vous offrir notre temps, notre expérience, à nos frais, pour votre audition. Nous avons de 5 à 20 ans d’études de danse derrière nous, d’années d’expérience dans le milieu professionnel, tant en compagnies qu’en contrats freelance.

Malheureusement, force est de constater, qu’ici, cela ne compte pas à vos yeux.

Vous faites partie du paysage culturel français grâce à vos créations, productions et subventions. Votre comportement, lors de cette audition, n’est pas en adéquation avec la responsabilité et la mission de votre compagnie. Votre audition a été la fois de trop. Nous ne voulons plus que cela se reproduise.

 

Ceci n’est pas la danse. Ceci n’est pas notre danse.

 

Nous connaissons notre métier et ses difficultés : de l’entraînement à l’audition et de l’audition au contrat.

Mais nous savons aussi que, peu importe les conditions, le temps, le budget, le nombre de candidats pour votre future création, de votre compagnie, de votre projet, de votre talent :

La considération et le respect doivent être les piliers de notre travail mutuel, et ce, dès l’audition.

Nous vous assurons que cela est possible. Certaines et certains chorégraphes, compagnies, productions, y arrivent très bien. Cela ne leur coûte pas plus cher et ne leur fait pas perdre de temps : au contraire. Un vrai échange artistique se crée, et une ambiance plus que productive se ressent lors de l’audition. Tout le monde ressort gagnant.

 

Pourquoi, alors, n’avons-nous pas pu travailler ainsi lors de votre audition ?

 

En tant que chorégraphes et compagnie, vos premières missions sont de diffuser, communiquer, transmettre des idées, des émotions à un public grâce à notre art. Mais dans cet espace public qu’est le cent-quatre, quelle idée de la danse a été transmise ici, avec ce comportement à notre égard ?

 

Nous avons des prénoms et nous méritons votre considération. Ainsi, vous mériterez la nôtre.

 

Cette lettre, écrite après votre audition manifeste notre envie commune de vous rappeler, et de rappeler à certaines et certains autres chorégraphes qui l’auraient oublié :

 

Nous sommes vos collaborateurs, nous sommes vos partenaires. Sans vous, nous ne danserions pas mais sans nous, vous ne travailleriez pas. Nous voulons danser, nous voulons porter et représenter vos projets sur scène. Mais permettez-nous de le faire dans les meilleures conditions.

 

Par cette lettre, nous voulons rappeler aux danseuses et danseurs, qui, par manque d’expérience, ou par peur de représailles, se taisent et finissent par croire que, être mal considéré, serait la norme.

La danse est notre métier.

 

Nous méritons donc le respect de notre travail, que ce soit lors de nos auditions, de nos contrats, en scène, ou lors d’événements. Nous méritons de travailler dans de bonnes conditions et nous méritons d’être traités dignement.

Il nous semblait évident enfin de remercier aussi les chorégraphes, les compagnies, les productions, qui, dès les auditions et peu importe dans quelles conditions se déroulent celles-ci, par leur professionnalisme et leur considération de notre travail, nous permettent de nous exprimer dans le respect et la dignité. A celles et ceux-là, nous leurs dédions notre profond respect et notre plus grande implication.

Avant même que cette “lettre ouverte des danseuses et danseurs” soit publiée, certaines et certains de nos collègues n’ayant pas participé à cette audition, nous ont fait par de leur soutien. Ils ont spontanément souhaité nous rejoindre lors de la signature de cette lettre. Cette solidarité traduit bien que cette audition n’est pas un cas isolé.

 

Quelque chose doit être fait.

 

Nous souhaitons donc que cette liste de signatures continue de grandir. Nous rajouterons le prénom de toute personne faisant partie du métier, à qui cette lettre parle, et qui se manifestera à nous.

 

Notre art est beau car il est universel.

 

Respectons-nous, investissons-nous et, considérons-nous. C’est en travaillant ensemble que nous irons loin.

 

Les danseuses et danseurs

Charlotte, Maelle, Noëllie, Julien, Baptiste, Fabrizio, Enzo, Prisca, Théo, Océane, Raoul, Angelica, Julie, Marie, Ahmed, Maryne, Jade, Helene, Naomi, Clara, Benedetta, Lola, Anne-Caroline, Thomas, Yohann, Joey, Yon, Mario, Morgan, Anna, Justine, Jean-Marc, Antoine, Tiphaine, Marine, Laura, Joel, Robin, Ines, Natty, Aurore, Claire, Elsa, Steven, Nahuel, Charlotte, Aurélia, Sonia, Melissa, Clea, Emma, Poundo, Jessie-lou, Mathieu, Aimée-Rose, Anna, Melanie, Natty, Manon, Marc, Shirwann, Frederic, Marie, Sandrine, Laureline, Leila, Margaux, Florine, Martine, Francesca, Aude, Lara, Sandra, Hélène, Constance, Stephanie, Laura, Morgane, Vitti, Marie, Blanche, Capucine, Alma, Manon, Aurore, Anahi, Pascal, Antoine, Audrey, Claire-Lise, Lou, Guislaine, Camille, Aurore, Manon, Juliette, Antoine, Joana, Camille, Emeline, Mathilde, Margaux, Renaud, Monika, Nora, Remi, Marie, Lise, Alexandra, Ornella, Laura, Siham, Marine, Alexandre, Sarah, Timothy, Francesco, Alicia, Greta, Ludovic, Alice, Sarah, Anaëlle, Salomé, Michaël, Sandie, Lucia, Alexia, Anne-laure, Julie, Natacha, Marjan, Christine, Katmi, Jorge, Chloé, Clémence, Mélodie, Kostia, 

 

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