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Mon corps, mon amour: 3ème. En cette Saint-Valentin, j’avais envie de donner la parole à d’autres. Des personnes , pour la plupart danseurs,  aux parcours totalement différents, aux corps différents. Parce qu’Hilda, ce n’est pas que moi: j’ai pour ambition et rêve que cela puisse aussi devenir vous. La lettre à mon corps, écrite l’année dernière, vous avez touché. Si je l’ai publié sur Hilda, c’était d’abord par envie de faire un premier pas vers mon corps, et l’image que j’en avais, de lui dire enfin, que je l’aime par exemple… Et puis, soyons clairs: j’avais grandement envie de délier nos langues sur un fait…

Dans notre métier, le rapport à nos corps est souvent ambigu.

C’est notre principal outil de travail, mais nous sommes loin d’être en paix avec… Je savais que je n’étais pas la seule… Comment cette lettre serait-elle accueillie? De magnifiques réactions. Après cet article, un hashtag s’était mis en place #moncorpsestmonamour sur instagram.  Ce sont d’autres danseurs qui parlaient, spontanément, sur leurs réseaux, après cette lettre publiée. Un autre article était né: nos corps, nos amours.

Cette année,  le processus est différent.

J’ai demandé à quelques personnes de mon entourage s’ils avaient envie de s’exprimer à ce sujet. Spontanément. Aujourd’hui, j’ai la chance de vous transmettre leurs écrits. La seule consigne était d’écrire à leur corps. Avant de vous laisser découvrir leurs mots, j’aimerais les remercier de leur partage et de leur sincérité. Je suis persuadée qu’en parlant, en écrivant, et en partageant nos sensations, on peut collectivement se faire du bien, et se rendre compte que nous sommes finalement semblables, même dans nos différences.

Aujourd’hui, ils s’appellent donc Lisa, Louis, Frederic, Alison, et je vous laisse découvrir leurs mots…

 Lisa

“Corps.
Nom masculin. Partie matérielle des êtres animés.
Te découvrir. Te supporter. Te comparer.
Te juger.
T’imposer. Te bâillonner.
Te détester. Brutalement.
Te délaisser.
T’abandonner.
Pardon.
Comprendre. T’écouter.
Te sentir. Te soutenir.
Te découvrir à nouveau.
T’assumer.
Te montrer. Te parler.
Te connaître.
Te respecter.
Apprendre à t’aimer. Éperdument.
T’aimer. Ne plus te lâcher.
Mon corps.”

 

Frederic

Je t’aime.

A l’âge de 22 ans, je t’ai fait quitter le volley-ball pour la danse.

Je t’étire

Je te muscle

Je te fais chuter

Je te relève

Je te masse

Je t’aime

Même si, je te pousse

Et te mets souvent à l’épreuve

Tu ne plies pas

Ah si! de temps en temps…

Mais, sache que je prendrai soin de toi

Car, j’ai besoin de toi

… Mon outil

… Mon corps

… Mon amour

Merci.

Louis

Je ne t’ai pas choisi

C’est pour ça que je t’écris

J’ai essayé et j’essaie toujours

De t’apprécier jour après jour

Mais je crois que l’on ne s’est pas compris

Un sentiment de mensonge et de mépris

Est-ce que tu te soucies de moi?

Car tu m’imposes ta propre loi

Notre faiblesse à tous les deux

Est de n’avoir pas su ouvrir les yeux

De la force que nous confère

L’âme et la matière

Alison

Mon joli, mon mignon, mon dodu, mon solide, mon tonique corps…

Rien n’a été simple entre nous… Je t’ai reproché tant de choses, je t’en ai voulu de ne pas être comme celui des autres, d’être différent…  Pourtant, je ne serais pas QUI je suis sans TOI.

Croissance anormale, tu ne veux pas te développer et grandir normalement. S’en suit toute une batterie d’examens chiant et lourd pour un petit bouchon comme moi…

Verdict: « Votre fille produit des hormones, mais ne les réceptionne pas. »

Traitement: des injections d’hormones pendant 3 ans, si mes souvenirs sont bons, et cela tous les jours…

C’est chiant, ça fait mal et puis surtout cela ne fonctionne pas.

Sur les 15 cm que je suis censée prendre avec ce traitement, seulement 5 petits centimètres pointent le bout de leur nez.

«Il va donc falloir vivre avec, m’annonce mon médecin, mettre des talons ou mentir sur ta taille ».

Je n’ai d’ailleurs fait ni l’un ni l’autre. Les talons, ça fait mal aux pieds et je n’aime pas mentir (enfin,  ça dépend pour quoi).

Jusqu’ici,  tout va bien.

 

Je passe mon adolescence tranquillement, la tête dans le guidon, tous les jours à la danse.

Mon corps est une force, je suis un petit modèle, un concentré d’énergie, il est un atout.

Je ne suis pas dans la norme, mais je m’en tape!

Je suis bien et me trouve jolie : j’aime mon corps tel qu’il l’est. Tout est proportionnel, j’ai de jolis petits seins, des fesses bien rondes, des cheveux que tout le monde m’envie…

 

Puis je choisis de faire de la danse mon métier et c’est là que ça se met à coincer.

 

Moi qui pense que seul le talent prime, et bien non,  je suis confrontée à la vérité de ce métier:

Les Codes.

Comment faire oublier ma différence? Plus d’énergie? Des talons qui font toujours mal aux pieds ?

Je m’obstine, mais c’est inutile.

Toujours la même rengaine «Trop petite , bla-bla-bla »

Déception, tristesse, colère…

 

Et puis des projets s’ouvrent à moi.

 

On me choisit justement pour ma différence : parce qu’il y en a marre des codes et des gens qui sont tous pareils. C’est pas ça la vie bordel!!!!!

Ça fait des années que je me tue à vous le dire!!!!!

Je me questionne: Ma taille me permet-elle de ne faire que des projets qui me correspondent? M’éviterait-elle de me perdre dans votre monde ou être différent pose problème  ??

Après mure réflexion, la réponse est OUI.

Si c’est le cas, je t’en remercie. Même si tu m’entends râler, pleurer, car cette discrimination est injuste et que je n’ai pas choisi ce qui m’est arrivé…

Si j’étais grande, tout serait différent.

 

Je suis peut-être un HOBBIT au milieu des géants, mais il n’y a pas de vie sans relief ni contrastes…

 

Mon mètre 45 ne m’empêchera pas de vivre ma vie de femme, de maman.

Je suis heureuse de vivre cette aventure avec toi, je t’aime dans les détails, dans ton ensemble, et je suis fière de te voir tous les jours : habillé ou nu, au réveil comme au coucher …

Mon corps, mon amour…  Tu as supporté et supporteras la bêtise et les codes de beauté absurdes… Mais je ne te laisserai pas tomber.

C’est toi et moi.

Mon solide, mon petit, mon sublime corps.

Aimons nos corps.

D’autres personnes ont écrit à leur corps. Ce sera partagé via un autre article. Si vous avez envie d’écrire vous aussi à votre corps et de le partager via Hilda, n’hésitez pas à m’envoyer vos écrits via la page contact  Hilda, avec comme objet « mon corps, mon amour »

Excellente Saint-Valentin à tous nos corps et bien sûr…

Bisous Biche

Hilda.