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Mon miroir a basculé.  C’était il y a deux semaines, après une journée de repet chargée, dans mon entrée. Dû a mon emmenagement qui dure depuis 6 mois, je ne vous cache pas que ce miroir, avait été détourné en porte-serviettes/peignoirs/autres objets non-identifiés, en attendant de fixer les étagères, que je n’ai toujours pas acheté. Pas de jugement, je sais qu’au fond vous comprenez exactement de quoi je parle. Il s’est déséquilibré, tombé face, enfin miroir, contre terre.  Je suis restée devant ce problème quelques secondes. Entre ma superstition, et le faut que je nettoie ça vite, j’ai trouvé l’événement frappant. Donc quand on surcharge un miroir de trucs qui ne lui sont pas utiles, il tombe et réfléchit moins bien? Ce petit épisode de la vie quotidienne a déclenché mon envie de vous écrire cet article.

Miroir mon beau miroir.

Je ne fais pas exception:  le miroir c’est mon aminemi. Tantôt une aide pour apprendre une chorégraphie, ou pour m’améliorer, tantôt un moyen pour me juger, souvent mal. Malgré toutes ces années devant le miroir d’un studio de danse, Je n’y vois pas constamment ce que je suis vraiment.

genre un truc comme çà.

 

 Appartenant à la race de la danseuse, très connue pour être vraiment raisonnable avec son image, je suis donc super tolérante envers moi-même.  Quand le moral ne va pas bien, et que je me regarde dans le miroir, je ne suis donc pas du tout dans un excès de phrases type: « je suis vraiment une danseuse qui craint, j’ai tous les défauts de la terre, franchement, pourquoi je fais çà?”
Non évidemment,  ça ne m’arrive absolument jamais ça. Puisque, de tous les artistes, je pense que les danseurs sont vraiment ceux qui sont les plus en accord avec eux-même et leur image.
Haha.

Le “Why the f*ck I am a dancer”? sous le logo Hilda, n’est pas choisi pour rien.

Il se passe des trucs chouettes ou pas dans la vie. Par exemple, en ce moment travaillant sur un nouveau projet, un des trucs chouettes, je me retrouve donc souvent devant le miroir.  Mais je cumule la fatigue,  problèmes perso à gérer et une sensibilité super extra développée, et alors que j’aime vraiment mon métier, passer la journée face à cette vitre réfléchissante, ça ne devient pas un truc chouette. Parce que j’ai du mal à bien me regarder. Je fais donc le travail, mais, on est donc pas sur des super sensations.
 Et pour en avoir discuter, je sais que beaucoup de danseurs ont les même symptomes que moi et ne voient pas forcément la vraie image d’eux même quand ils dansent.
C’est quand même un vrai souci ça, non?

Le miroir est comme moi.

Lorsque mon miroir a basculé chez moi, je me suis rendue compte que j’étais comme lui. Je réfléchis, enfin je crois,  mais à me surcharger de choses inutiles, ma vision se modifie, s’opacifie, et pas aupa BO qui a gagné le derby la semaine dernière, je réfléchis et renvoie donc les choses moins bien. Comme chez IKEA ils ne font pas encore de personnalité en kit, heureusement peut-être pour eux d’ailleurs sinon ce serait le black friday H24, si je bascule, par exemple, je ne peux pas me remplacer.
 Notre métier c’est transmettre des émotions, et il faut l’avouer, nous les danseurs/ artistes sommes souvent quand même hyper-sensibles. Et je crois qu’une des plus grosses difficultés de notre métier, c’est justement de dealer avec çà. Puisque notre sensibilité est une des bases notre métier, quand personnellement nous allons bien ça se passe super, au sommet de l’Himalaya, par contre, quand le moral est moins bon, on est sur de la difficulté émotionnelle et une estime de soi , se trouvant plutôt dans la fosse des Mariannes mais sans le sous marin de James Cameron, incroyable cette histoire d’ailleurs c’est fou ce qu’on peut apprendre comme truc .   Même si ca sêe traduit différemment chez chacun, c’est pareil pour tous! Oui oui, même la femme pimbêche qui te regarde de bas en haut, ou l’homme hautain qui critique tout ce qui bouge. LES MEMES.

Le miroir est aussi comme les gens.

 Par exemple, si je vais bien, je vais me dire :
« 1. cette pimbèche n’est finalement qu’une personne qui se compare tout le temps et qui elle même est en train de se juger au moment ou elle me regarde finalement./
2. ce mec n’est pas satisfait de ce qu’il fait et il n’a trouvé d’autre moyen de l’exprimer qu’en critquant ».
Oui, parfois je suis Freud.
Et quand je vais mal:
«1. Je dois être vraiment très nulle pour qu’elle me regarde comme ça
2. Peut être que c’est de ma faute si c’est pas bien »
Oui, parfois je suis théorie du complot.
 Je ne vois donc en eux que ce que je peux voir maintenant, avec le ressenti du moment. Je suis donc dans l’interprétation de ce qu’elle ou il est.  Je ne suis donc pas Objective.
Et c’est un de nos soucis d’artiste aussi. Notre métier n’est pas objectif, mais si on veut progresser et travailler, c’est en étant le plus objectif possible qu’on ne peut qu’y arriver. Le problème et la solution, c’est nous-même finalement.

 Un miroir est un objet.

Le rôle d’un miroir est de refléter. Point. Il nous renvoie juste une image . Et c’est là où nous danseurs, nous pouvons nous perdre parfois. Parce que cette image, nous avons tendance à la sur-interpréter en totale non-objectivité.
 Narcisse qui se regardait constamment, à force de ne regarder que lui, il est passé de l’autre côté notre ami. Je trouve que la comparaison est frappante. Que ce soit en bien ou en mal, trop se regarder, ce n’est pas bon. Du tout. Apprendre à regarder alors devient essentiel.

 Dos à ce miroir.

Heureusement,  une fois que nos chorégraphies sont apprises, nous tournons le dos au miroir. Parce que le travail n’est plus de regarder à travers cette vitre et d’interpréter si on est ensemble. Le travail est maintenant de sentir si on est ensemble, laisser parler nos sensations. Et vivre le mouvement.  Se fier à nos sensations, et être pleinement à ce qu’on fait. Sans possibilité de se juger. Voila ce qu’est notre travail en tant que danseur, en plus de bien danser.
Une fois que le travail face au miroir a été fait, ce sont les chorégraphes, assistant-chorégraphes, répétiteurs, metteurs en scène qui,  par rapport à l’histoire que l’on nous demande de raconter, vont nous indiquer, nous corriger, pour être au plus proche de leur vision de l’histoire. C’est leur responsabilité, leur manière de voir les choses. Nous devenons leur miroir et ils deviennent le notre. Ca peut être le joyeux petit bazar si personne ne fait l’effort de revenir à l’essentiel: le projet.
 Quand je repense à celle que j’étais à 19 ans lorsque j’ai commencé au Ballet… Une bébé danseuse! Merci l’expérience.
Car oui, malheureusement ça non plus ca ne s’achète pas. Il n’y a que l’expérience qui m’apprend à relativiser et me permet d’être celle qui vous ecrit sur Hilda aujourd’hui.

On a tendance à oublier, danseur ou danseuse c’est aussi un métier oh combien collectif.

Je ne serai pas la même non plus sans toutes les personnes que j’ai rencontré via ce magnifique et parfois difficile travail de danseuse. Je le vois encore maintenant, dans ce nouveau projet: si l’équipe est forte ensemble, les individualités seront fortes aussi. Parce que chacun donnera le meilleur de lui-même, ce qui donnera encore plus de force au groupe. Et ainsi de suite. Ce n’est pas forcément facile tout le temps mais c’est pour moi l’un des trucs les plus chouettes du taf.

Devenir meilleur passe aussi par progresser ensemble.

 

Vous commencez à me connaître un peu maintenant, et j’avais envie de vous partager cela: les remises en questions existent bel et bien et sont parfois difficiles à vivre, mais peut être que c’est ce qui peut faire apprécier les paillettes et les moments de joie de notre métier.
Malgré tout ce qui peut se passer dans nos vies, la chance que l’on a, c’est de se connecter à nos corps grâce à la danse. De passer d’un état très connecté à soi pour améliorer un mouvement, une sensation, à un état de lâcher prise, et de connexion aux autres pour raconter une histoire.

 

Alors ce miroir?

Ce miroir finalement est un objet qui peut être moi, les autres, mais c’est un objet d’abord. Ce n’est pas la réalité.  C’est en se détachant de lui que je pense que nous pouvons mieux regarder en lui.

ouais je sais, j’interprète bien le détachement: un métier je vous dis.

Faire de la danse/musique/chant/théatre/photo/peinture ou tout autre art son métier, c’est aussi cela: apprivoiser ces émotions pour les faire ressortir à travers l’art choisi. Et transmettre quelque chose d’autre, ou une idée autrement en dépassant sa vision première de l’idée. C’est passionnant certes, mais c’est un vrai travail, qui en plus des qualités techniques et du talent,  demandent un vrai investissement perso, mais aussi un détachement perso. Vous comprenez mieux le “why the f*ck i am a dancer?”

 

 

Mon objectif de la rentrée/vie?

Voila donc où j’en suis: j’ai peut être pas toujours la bonne image de moi en tête, ou face à ce miroir, mais je fais en sorte de la regarder avec le plus de franchise possible.

Parce qu’un ou une artiste qui assume pleinement ses failles et ses forces, mais qui sait se détacher de son ego est pour moi un ou une artiste qui est sur le meilleur chemin pour toucher profondément son audience.

L’année dernière je vous avais partagé mes objectifs qui étaient surtout je crois techniques..

Alors pour cette rentrée, avant de finir comme le miroir de mon entrée,  je me souhaite de toujours travailler à être la plus sincère et objective possible envers moi-même, continuer à  faire confiance aux personnes en face de moi qui ont un regard différent sur moi, et me permettent donc d’évoluer différemment. C’est certes pas le chemin le plus simple, il y a des moments délicats à passer, mais c’est celui qui me parait le plus intéressant à vivre d’abord, et à transmettre. Et je vous le souhaite fort aussi!

Bisous les Biches, et take care.

Hilda.

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